Micro-BNC, régime réel, société : comment un kiné choisit son régime fiscal

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Un kiné libéral peut être imposé de trois façons. Le micro-BNC est le plus simple, mais son abattement forfaitaire de 34 % ne colle pas toujours à tes charges réelles. La déclaration contrôlée, qu’on appelle aussi régime réel, demande plus de travail, en échange de quoi tu déduis les charges que tu as payées. Enfin, l’exercice en société, comme la SEL, change complètement de logique fiscale, puisque c’est la société qui paie l’impôt sur les sociétés. Le bon choix dépend presque toujours d’un seul chiffre : le montant réel de tes charges professionnelles rapporté à tes recettes. Si tes charges restent sous 34 % de tes recettes, le micro-BNC t’impose sur moins que ton bénéfice réel ; au-dessus, c’est la déclaration contrôlée qui devient la plus favorable. La société, elle, ne devient intéressante qu’à un niveau de revenu nettement plus élevé, ou pour d’autres raisons (association, transmission).

Le micro-BNC, la simplicité par défaut

Le micro-BNC s’applique tant que tes recettes de l’année précédente ou de l’avant-dernière année ne dépassent pas 83 600 € HT, seuil valable de 2026 à 2028. Tu n’en sors qu’après deux années de suite au-dessus de ce seuil. Tu tiens un document qui détaille tes recettes au jour le jour et tu déclares leur total sur le formulaire n° 2042 C PRO. L’administration applique alors automatiquement un abattement forfaitaire de 34 %, censé représenter tes frais professionnels. Tu es donc imposé sur 66 % de ce que tu encaisses, sans avoir à justifier la moindre dépense.

LE SEUIL

83 600 €

de recettes annuelles HT (seuil 2026-2028). Le micro-BNC ne prend fin qu’après deux années civiles consécutives au-dessus de ce seuil. En dessous, l’administration applique un abattement forfaitaire de 34 % sans justificatif.

Beaucoup de contenus sur le micro-BNC laissent croire que les cotisations sociales se règlent comme chez un auto-entrepreneur, par un pourcentage fixe appliqué au chiffre d’affaires. Pour un kiné, ce n’est pas le cas. Il n’a pas accès au statut d’auto-entrepreneur (régime micro-social), dont l’Urssaf exclut les professions libérales réglementées qui ne relèvent pas de la Cipav ; or les kinés relèvent de la CARPIMKO. Le micro-BNC qui te concerne est uniquement un régime fiscal, appliqué à une entreprise individuelle classique. Tes cotisations Urssaf et CARPIMKO sont calculées à partir du revenu professionnel que tu déclares chaque année : en micro-BNC, tes recettes après l’abattement de 34 % ; en déclaration contrôlée, ton bénéfice.

À NE PAS CONFONDRE

Micro-BNC ≠ auto-entrepreneur

le premier est un régime fiscal ouvert à l’entreprise individuelle en BNC sous le seuil. Le second (régime micro-social) est fermé aux kinés : leurs cotisations Urssaf et CARPIMKO se calculent sur le revenu déclaré chaque année, jamais par un pourcentage fixe du chiffre d’affaires.

Le micro-BNC convient bien en début d’activité, ou tant que tes charges réelles (loyer ou redevance de collaboration, matériel, véhicule, formation, RCP, cotisation ordinale…) restent en dessous de ce forfait de 34 %. Le forfait devient pénalisant dès qu’elles le dépassent, ce qui peut arriver quand tu paies un loyer de cabinet ou une redevance de collaboration et que tu t’équipes. Tu paies alors de l’impôt sur des charges que tu as engagées mais que tu ne peux pas déduire.

La déclaration contrôlée, quand les vraies charges dépassent le forfait

La déclaration contrôlée, qu’on appelle aussi régime réel, devient obligatoire quand tes recettes dépassent 83 600 € deux années de suite. Tu peux aussi la choisir volontairement en dessous de ce seuil, et c’est souvent le bon calcul dès que tes charges réelles dépassent 34 % de tes recettes.

Au lieu d’un forfait automatique, tu déduis tes dépenses professionnelles réelles, ainsi que l’amortissement de ton matériel ou de ton véhicule. Il faut pour cela tenir une comptabilité complète de tes recettes et de tes dépenses, avec un livre-journal et un registre des immobilisations et des amortissements. Chaque année, tu remplis la déclaration n° 2035, puis tu reportes ton résultat sur ta 2042 C PRO.

Tu lis peut-être encore qu’il faut adhérer à une association de gestion agréée (AGA/OGA) pour éviter une majoration fiscale de 25 %. Cette majoration a été réduite progressivement, puis supprimée à partir de l’imposition des revenus 2023. L’adhésion reste possible, mais elle n’est plus nécessaire pour éviter une pénalité.

La déclaration contrôlée demande davantage de rigueur comptable. Un expert-comptable n’est pas obligatoire, mais il devient vite utile, car les amortissements et la part professionnelle d’un véhicule ou d’un local mixte se prêtent mal à l’improvisation.

Passer en société : SCM et SEL, deux structures très différentes

Deux structures reviennent souvent dans les discussions entre kinés, et elles n’ont rien à voir sur le plan fiscal.

La SCM (société civile de moyens) met à la disposition de ses membres des locaux, du matériel ou du personnel, mais elle n’exerce pas elle-même la profession. Chacun continue de facturer et d’être imposé en son nom propre, en BNC individuel (micro ou réel, selon sa situation). La SCM ne change donc rien à l’arbitrage décrit plus haut.

La SEL (société d’exercice libéral, par exemple une SELARL) fonctionne autrement : c’est la société elle-même qui exerce et facture, et elle est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Le taux est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis de 25 % au-delà. Le taux réduit est réservé aux sociétés dont le chiffre d’affaires reste inférieur à 10 millions d’euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Tu te rémunères ensuite par une rémunération de gérant, soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu, par des dividendes, ou par les deux. Ces derniers sont imposés par défaut au prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % en 2026 par la hausse des prélèvements sociaux. Si tu envisages une SEL, retiens aussi une règle sur les dividendes. La part qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant d’associé supporte des cotisations sociales, en plus de l’impôt. Pour ce calcul, on compte aussi ce que détiennent ton conjoint ou partenaire de Pacs et tes enfants mineurs.

BASE LÉGALE

Article 219 du code général des impôts

taux réduit d’impôt sur les sociétés de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice par période de douze mois, pour les sociétés qui en remplissent les conditions ; 25 % au-delà. Taux et seuil en vigueur en 2026.

La SEL ne devient en général intéressante qu’à un niveau de bénéfice nettement plus élevé, sans qu’aucun seuil officiel n’existe : le calcul se fait au cas par cas, chiffres à l’appui. Elle peut aussi se justifier pour d’autres raisons que la seule fiscalité, comme s’associer avec des confrères ou capitaliser une partie du résultat plutôt que tout percevoir en revenu immédiat. Ses coûts de structure (comptabilité, greffe, statuts) sont aussi nettement supérieurs à ceux d’une entreprise individuelle.

Les trois questions à te poser, dans l’ordre

  • Tes charges professionnelles réelles dépassent-elles 34 % de tes recettes ? Si non, le micro-BNC reste le plus favorable. Si oui, fais chiffrer la déclaration contrôlée avant de décider.
  • Tes recettes ont-elles dépassé 83 600 € deux années de suite ? La déclaration contrôlée s’impose alors, quel que soit le niveau de tes charges.
  • Ton bénéfice est-il devenu nettement plus élevé, ou as-tu un projet d’association, de capitalisation ou de transmission ? C’est seulement à ce stade que la question de la société (SEL) se pose.

Avant de changer de régime, fais valider ta situation par ton expert-comptable : le niveau réel de tes charges, tes projets à moyen terme, ton régime matrimonial et les autres revenus du foyer peuvent changer la réponse. Les seuils et taux cités ici sont ceux en vigueur en 2026. Ils évoluent avec les lois de finances, et le seuil du micro-BNC sera actualisé pour 2029.

SOURCE

BOFiP, Bulletin officiel des finances publiques

barème des seuils des régimes d’imposition (BOI-BAREME-000044) et commentaires du régime déclaratif spécial BNC (BOI-BNC-DECLA-20-10), versions du 19/08/2026. Consultés le 05/10/2026. Consulter la page →

Sources (consultées le 05/10/2026)

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