Catégorie : Comprendre l’actu

  • Ce que la hausse du prix de l’énergie change pour la trésorerie d’un cabinet

    Un cabinet de kinésithérapie n’est pas une usine énergivore, mais l’électricité et le gaz y pèsent plus qu’on ne le pense : chauffage de la salle d’attente et des box, éclairage sur toute l’amplitude d’ouverture, appareils d’électrothérapie ou d’ultrasons, parfois un bassin de balnéothérapie. Depuis la fin des dispositifs de crise mis en place en 2022-2023, cette charge n’est plus amortie par l’État : les hausses tarifaires arrivent directement sur la facture, donc sur la trésorerie du cabinet. Voici ce qui change concrètement, et comment l’anticiper plutôt que le subir.

    Ce qui a changé côté prix : la fin des filets de sécurité

    Entre 2022 et 2024, plusieurs dispositifs publics ont amorti la flambée des prix de l’énergie pour les entreprises : bouclier tarifaire, puis amortisseur électricité. Ce dernier a pris fin le 1ᵉʳ janvier 2025. Depuis, un cabinet libéral absorbe l’intégralité des mouvements de prix décidés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Concrètement, le tarif réglementé de vente d’électricité augmente de 2,5 % TTC au 1ᵉʳ août 2026, et le prix repère du gaz augmente de 7,8 % en octobre 2026. Ce ne sont plus des hausses lissées par un filet de sécurité : elles se répercutent directement sur la facture du mois suivant.

    LA HAUSSE

    +7,8 %

    sur le prix repère du gaz en octobre 2026 (+2,5 % pour l’électricité au 1ᵉʳ août 2026) — répercutée directement, sans filet de sécurité depuis la fin de l’amortisseur électricité.

    Pourquoi un petit cabinet est concerné, même sans grosse consommation

    Un cabinet libéral n’a pas la consommation d’un site industriel, mais son énergie est difficile à comprimer : chauffage et éclairage sur toute l’amplitude d’ouverture pour le confort du patient, matériel (électrothérapie, ultrasons, parfois balnéothérapie), eau chaude. C’est une charge fixe, incompressible à court terme, contrairement au nombre de patients reçus dans le mois. Elle est intégralement déductible en BNC — mais la déductibilité réduit l’impôt de l’année suivante, elle n’annule pas la sortie de trésorerie immédiate au moment de payer la facture.

    À NE PAS CONFONDRE

    Déductible ≠ neutre en trésorerie

    La facture d’énergie est intégralement déductible en BNC, mais cette déduction réduit l’impôt de l’année suivante — elle n’annule pas la sortie de trésorerie immédiate au moment de payer.

    Le tarif réglementé, de nouveau accessible aux petites structures

    Depuis le 1ᵉʳ février 2025, les très petites entreprises peuvent de nouveau souscrire au tarif réglementé de vente d’électricité (le « tarif Bleu » d’EDF), à condition de répondre à trois critères cumulatifs : moins de 10 salariés, un chiffre d’affaires ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros, et une puissance souscrite inférieure à 36 kVA. La plupart des cabinets de kinésithérapie libéraux entrent dans ces seuils. L’intérêt du tarif réglementé n’est pas d’être toujours le moins cher : c’est un prix fixé et publié à l’avance par la CRE, donc plus prévisible qu’une offre de marché indexée. Ce point mérite d’être vérifié au cas par cas auprès de son fournisseur, en particulier au moment du renouvellement de contrat.

    BASE LÉGALE

    Art. L.337-7 du code de l’énergie

    Fixe les critères d’éligibilité au tarif réglementé Bleu Pro : moins de 10 salariés, CA ou bilan ≤ 2 M€, puissance souscrite inférieure à 36 kVA.

    Ce que ça change pour la trésorerie, concrètement

    Une hausse de 2,5 % sur l’électricité ou de 7,8 % sur le gaz paraît modeste en pourcentage. Le problème n’est pas le montant en lui-même, mais son caractère automatique et récurrent : elle s’applique que le mois ait été calme ou chargé, et elle s’ajoute à d’autres charges elles aussi en hausse (assurance, logiciels, comptabilité). C’est ce cumul de petites hausses régulières, plus que chacune prise isolément, qui grignote la marge disponible avant la rémunération du praticien. Le réflexe de trésorerie utile ici est le même que pour toute charge prévisible : l’anticiper plutôt que la découvrir. La CRE publie ses barèmes à l’avance (le gaz environ un mois avant, l’électricité plusieurs mois avant), ce qui laisse le temps d’ajuster une provision mensuelle plutôt que d’être surpris au moment de payer la facture.

    Trois réflexes pour anticiper, pas subir

    • Vérifier son éligibilité au tarif réglementé Bleu Pro (moins de 10 salariés, chiffre d’affaires ou bilan sous 2 M€, puissance sous 36 kVA) : une option de stabilité tarifaire plutôt que le marché libre.
    • Repérer la date de renouvellement de son contrat d’énergie et la rapprocher du calendrier des annonces de la CRE, pour ne pas être surpris au moment du renouvellement.
    • Provisionner chaque mois une fraction de la hausse anticipée plutôt que d’ajuster dans l’urgence au moment de payer la facture.

    Comme pour toute évolution réglementaire, les chiffres cités ici sont ceux en vigueur au moment de la publication : les barèmes CRE évoluent régulièrement, à vérifier si vous lisez cet article plus tard. Le choix d’un contrat ou d’un fournisseur reste propre à chaque cabinet — à valider avec son fournisseur ou son expert-comptable selon le cas.

    Sources

    • Hausse du tarif réglementé de vente d’électricité (TRVE) de 2,5 % TTC au 1ᵉʳ août 2026 — cre.fr
    • Hausse du prix repère du gaz de 7,8 % en octobre 2026 (données CRE) — fournisseurs-electricite.com
    • Fin du dispositif « amortisseur électricité » au 1ᵉʳ janvier 2025 — entreprises.selectra.info
    • Conditions d’éligibilité au tarif réglementé Bleu Pro pour les TPE (moins de 10 salariés, CA/bilan ≤ 2 M€, puissance < 36 kVA — article L.337-7 du code de l’énergie) — edf.fr/entreprises
  • Un ETF, c’est quoi exactement — et pourquoi ça concerne un praticien libéral qui épargne

    Le mot revient de plus en plus souvent dans les conversations entre praticiens qui épargnent pour leur retraite ou placent la trésorerie excédentaire du cabinet : ETF, ou « tracker ». C’est un terme technique, mais le mécanisme derrière est simple à comprendre. Cet article explique ce qu’est un ETF, comment il fonctionne, et dans quelles enveloppes fiscales on peut en détenir — sans recommander de produit ni de moment pour investir : ce choix reste propre à chaque situation, à valider avec un conseiller en investissements financiers (CIF) ou un conseiller en gestion de patrimoine.

    Un ETF, c’est quoi concrètement

    Un ETF (exchange-traded fund), aussi appelé « tracker », est un fonds coté en bourse dont l’objectif est de répliquer la performance d’un indice — le CAC 40, le S&P 500, le MSCI World — plutôt que de chercher à le battre. Concrètement, acheter une part d’ETF MSCI World revient à acheter, en une seule opération, environ 1 300 entreprises réparties dans 23 pays développés. Contrairement à un fonds classique, valorisé une fois par jour, l’ETF se négocie en continu sur un marché boursier, comme une action.

    À NE PAS CONFONDRE

    ETF ≠ fonds classique (OPCVM)

    Un OPCVM classique n’est valorisé qu’une fois par jour. Un ETF se négocie en continu sur un marché boursier, comme une action — et vise à répliquer un indice plutôt qu’à le battre.

    Pourquoi les frais font une vraie différence sur le long terme

    Un ETF est géré passivement : il n’y a pas d’équipe qui cherche à sélectionner les meilleures actions, ce qui réduit fortement les frais de gestion (le TER, total expense ratio). Sur un ETF répliquant un grand indice comme le S&P 500 ou le MSCI World, ce taux se situe couramment entre 0,03 % et 0,30 % par an. Un fonds classique géré activement (OPCVM) facture en général entre 1 % et 2,5 % par an, autour de 1,8 % en moyenne. L’écart peut sembler faible, mais il se compose chaque année sur le capital investi : sur plusieurs décennies, un point de frais en moins représente mécaniquement une part importante du capital final, à hypothèses de performance égales par ailleurs.

    LES FRAIS

    0,03 à 0,30 %

    de frais de gestion annuels (TER) pour un ETF sur un grand indice, contre 1 % à 2,5 % (1,8 % en moyenne) pour un OPCVM classique géré activement.

    Les risques à connaître avant d’y regarder de plus près

    Un ETF n’est pas un placement garanti : sa valeur suit celle de l’indice qu’il réplique, à la hausse comme à la baisse. Quatre points sont utiles à connaître avant de s’y intéresser de plus près :

    • Risque de marché : la valeur d’un ETF baisse quand l’indice qu’il suit baisse, sans plancher garanti.
    • Écart de suivi (tracking error) : la performance de l’ETF peut s’écarter légèrement de celle de l’indice qu’il est censé répliquer.
    • Liquidité : dans des marchés très perturbés, certains ETF peuvent devenir temporairement plus difficiles à acheter ou vendre au prix affiché.
    • Risque de contrepartie : pour les ETF à réplication synthétique (via un contrat d’échange), ce risque est plafonné à 10 % de la valeur de l’ETF par la réglementation européenne (UCITS).

    Où loger un ETF : PEA, compte-titres, assurance-vie

    Le choix de l’enveloppe fiscale change beaucoup, à ETF identique. Le PEA (plan d’épargne en actions) permet de loger des ETF actions européennes ou répliquant des indices internationaux via des ETF éligibles, dans la limite d’un plafond de versements de 150 000 € par titulaire (300 000 € pour un couple avec deux PEA) ; les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu après 5 ans de détention, seuls les prélèvements sociaux restant dus, au taux de 18,6 % depuis la LFSS 2026. Le compte-titres ordinaire (CTO) permet de loger n’importe quel ETF, y compris ceux répliquant des indices hors Europe sans contrainte d’éligibilité, mais les gains supportent la flat tax de 31,4 % quelle que soit la durée de détention. L’assurance-vie, enfin, offre un cadre fiscal différent selon l’ancienneté du contrat et reste, à ce jour, exclue de la hausse des prélèvements sociaux de 2026 : son taux demeure à 17,2 %. Le choix entre ces enveloppes dépend de la situation patrimoniale et des objectifs de chacun, et mérite d’être validé avec un CIF ou un conseiller en gestion de patrimoine.

    BASE LÉGALE

    LFSS 2026

    Relève le taux des prélèvements sociaux à 18,6 % sur les gains du PEA et du compte-titres. L’assurance-vie reste, à ce jour, exclue de cette hausse (taux maintenu à 17,2 %).

    Cet article ne constitue pas un conseil en investissement financier et ne recommande aucun produit, aucun émetteur ni aucun moment pour investir. Il vise uniquement à expliquer un mécanisme et les grandes catégories d’enveloppes disponibles. Les taux et plafonds cités sont ceux en vigueur à la date de publication et évoluent avec la réglementation ; toute décision d’investissement doit être adaptée à la situation personnelle de chacun et validée avec un professionnel habilité (CIF, conseiller en gestion de patrimoine, expert-comptable).

    Sources

    • Définition, fonctionnement et risques d’un ETF (marché, tracking error, liquidité, contrepartie plafonnée à 10 % pour la réplication synthétique) — toutsurmesfinances.com
    • Comparaison des frais de gestion (TER) : ETF entre 0,03 % et 0,30 % par an contre 1 % à 2,5 % pour un OPCVM classique — finref.fr
    • Plafonds du PEA et taux des prélèvements sociaux 2026 (18,6 % pour le PEA et le CTO, 17,2 % maintenu pour l’assurance-vie) — hagnere-patrimoine.fr
    • Composition de l’indice MSCI World : environ 1 300 entreprises réparties dans 23 pays développés (données au 30 juin 2026) — epargnant30.fr