Si tu exerces en société, ton expert-comptable te remet chaque année un jeu de documents (bilan, compte de résultat, annexe) et te propose un rendez-vous pour les commenter. Il est tentant de les feuilleter avant de signer sans trop savoir quoi y regarder. Quelques repères suffisent pourtant à comprendre ce que raconte un bilan comptable.
Sommaire
Qui doit établir un bilan comptable ?
Tous les kinés libéraux n’ont pas de bilan comptable au sens strict. Le micro-BNC s’applique tant que tes recettes de l’année précédente ou de l’avant-dernière année ne dépassent pas 83 600 €, seuil valable de 2026 à 2028. Ta seule obligation comptable consiste alors à tenir un document qui détaille tes recettes au jour le jour, sans bilan ni compte de résultat.
Si tu dépasses ce seuil deux années de suite, ou si tu choisis la déclaration contrôlée, tu tiens une comptabilité de trésorerie. Elle repose sur un livre-journal de tes recettes et de tes dépenses, et sur un registre de tes immobilisations et de leurs amortissements. Tu déclares alors ton bénéfice sur la déclaration n° 2035, et la loi ne te demande toujours pas de bilan au sens comptable classique.
Les comptes annuels complets s’imposent quand tu exerces en société d’exercice libéral (SELARL ou SELAS), une société qui fonctionne sur le modèle d’une SARL ou d’une SAS. Ils comprennent un bilan, un compte de résultat et une annexe, dont les plus petites sociétés peuvent être dispensées, et ils sont déposés chaque année au greffe du tribunal de commerce. Les repères qui suivent portent sur ces comptes de société.
LE CHIFFRE
83 600 €
Seuil de recettes du micro-BNC de 2026 à 2028. En dessous, un document qui détaille tes recettes au jour le jour suffit ; après deux années de suite au-dessus, la déclaration contrôlée et sa comptabilité de trésorerie s’imposent. Le bilan classique concerne les sociétés.
Le bilan, une photographie à un instant T
Le bilan photographie le patrimoine du cabinet à une date précise, celle de la clôture de l’exercice. Il décrit séparément ce que la société possède (l’actif) et la façon dont elle l’a financé (le passif). Le total de l’actif est toujours égal au total du passif, puisque chaque opération est enregistrée deux fois : d’où vient l’argent, et à quoi il a servi.
Le compte de résultat raconte au contraire un flux. Il récapitule les produits et les charges de tout l’exercice et aboutit au résultat net, bénéfice ou perte. Le bilan répond à la question « que possède et que doit le cabinet à cette date ? », le compte de résultat à la question « comment l’année s’est-elle passée ? ». Les deux documents se complètent et se lisent ensemble.
À NE PAS CONFONDRE
Bilan ≠ compte de résultat
Le bilan photographie ce que le cabinet possède et doit à la date de clôture. Le compte de résultat raconte un flux : les produits et les charges de tout l’exercice. Les deux se lisent ensemble.
Ce que contient l’actif : ce que le cabinet possède
L’actif immobilisé regroupe ce que le cabinet possède durablement : le matériel (tables de traitement, appareils d’électrothérapie ou d’ultrasons, matériel de balnéothérapie), l’agencement du local, le mobilier, et parfois des parts d’une société civile immobilière qui détient les murs. Ces biens figurent pour leur valeur d’achat diminuée des amortissements déjà comptabilisés, ce qu’on appelle leur valeur nette comptable.
L’actif circulant regroupe ce qui bouge plus vite. On y trouve les créances, c’est-à-dire les sommes que l’Assurance Maladie, les complémentaires santé ou les patients doivent encore au cabinet, et les disponibilités, autrement dit les soldes bancaires et la caisse. Plus les disponibilités sont élevées par rapport aux dettes à court terme, plus la trésorerie immédiate du cabinet est confortable.
À NE PAS CONFONDRE
Immobilisé ≠ circulant
L’actif immobilisé, c’est ce que le cabinet possède durablement (matériel, agencement). L’actif circulant bouge plus vite : créances en attente d’encaissement, disponibilités en banque.
Ce que contient le passif : comment c’est financé
Les capitaux propres regroupent les apports des associés, les bénéfices mis en réserve au fil des exercices et le résultat de l’exercice. S’ils progressent d’une année sur l’autre, la société s’enrichit. S’ils deviennent négatifs, les pertes accumulées ont absorbé davantage que les apports et les réserves, et c’est un signal qui appelle une réaction rapide.
Les dettes regroupent ce que le cabinet doit à des tiers : les emprunts bancaires restant à rembourser et les dettes fournisseurs. S’y ajoutent les dettes fiscales et sociales (cotisations, TVA le cas échéant, impôt sur les sociétés). Une part importante de dettes à court terme par rapport à la trésorerie disponible est un point de vigilance, surtout si elle se répète d’année en année.
Le compte de résultat : la performance de l’année
Le compte de résultat retrace les produits de l’exercice, pour l’essentiel tes honoraires, et ses charges : loyer, cotisations sociales, achats, honoraires de l’expert-comptable, amortissements… Chacun y figure pour l’exercice auquel il se rattache, qu’il soit déjà encaissé ou payé ou non. La différence entre produits et charges donne le résultat net, que tu retrouves dans les capitaux propres du bilan établi à la même date : c’est le lien direct entre les deux documents.
Les experts-comptables présentent souvent aussi des soldes intermédiaires de gestion (valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation). Ils décomposent ce résultat étape par étape, pour distinguer ce qui vient de l’activité elle-même de ce qui vient d’éléments financiers ou exceptionnels.
Quelques repères pour une première lecture
Sans remplacer une analyse approfondie, quatre questions orientent une première lecture :
- La trésorerie : tes disponibilités couvrent-elles tes dettes à court terme, ou le cabinet vit-il sur un découvert récurrent ?
- Les capitaux propres : progressent-ils d’un exercice à l’autre, ou se rapprochent-ils de zéro ?
- Le résultat net : est-il stable, en croissance, ou en baisse d’une année sur l’autre ?
- Les dettes à court terme : leur poids par rapport aux disponibilités reste-t-il stable, ou se creuse-t-il ?
Ces questions servent à préparer ton rendez-vous bilan. C’est ensuite ton expert-comptable qui replace ces chiffres dans le contexte de ton cabinet et qui peut t’alerter sur ce qui demande une attention particulière.
SOURCE
economie.gouv.fr
Faciléco, fiches « Le bilan » et « Le compte de résultats » (ministère de l’Économie). Consultées le 07/10/2026. Consulter la page →
Sources vérifiées
- BOFiP, BOI-BAREME-000044, III § 50, consulté le 07/10/2026 : seuil du micro-BNC de 83 600 € pour 2026 à 2028.
- BOFiP, BOI-BNC-DECLA-20-10, consulté le 07/10/2026 : appréciation du seuil sur l’année N-1 ou N-2 ; sortie du micro-BNC après deux années consécutives de dépassement.
- BOFiP, BOI-BNC-DECLA-20-30 « Régime déclaratif spécial, obligations », consulté le 07/10/2026 : document détaillant les recettes au jour le jour, aucun formalisme particulier.
- BOFiP, BOI-BNC-DECLA-10-20 « Régime de la déclaration contrôlée, obligations comptables », consulté le 07/10/2026 : livre-journal des recettes et des dépenses, registre des immobilisations et des amortissements.
- Service-Public Entreprendre, « SELARL : ce qu’il faut savoir » (F38455), vérifiée le 21/02/2026 : la SELARL fonctionne sur le modèle d’une SARL, immatriculation au RCS, impôt sur les sociétés.
- Service-Public Entreprendre, « Dépôt des comptes annuels » (F31214), vérifiée le 11/06/2025 : comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe), dispense d’annexe possible pour les micro-entreprises, dépôt au greffe du tribunal de commerce.
- economie.gouv.fr, Faciléco, « Le bilan » et « Le compte de résultats », consultés le 07/10/2026 : bilan, photographie à une date donnée, actif égal au passif ; compte de résultat, document de flux, résultat net identique à celui du bilan ; résultat d’exploitation, valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation.
- Autorité des normes comptables, Plan comptable général, version du 1ᵉʳ janvier 2026, consulté le 07/10/2026 : art. 112-2 (le bilan décrit séparément les éléments actifs et passifs), art. 112-3 (le compte de résultat récapitule les charges et les produits de l’exercice, sans tenir compte de leur date de paiement ou d’encaissement), art. 214-6 (valeur nette comptable).